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Génial ! Je suis dyslexique, je suis créative.

Qu’est ce que la dyslexie ?

La dyslexie est un trouble spécifique de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

4 à 5% d’élèves d’une même classe d’âge sont dyslexiques.

La dyslexie est « Une difficulté durable de l’apprentissage de la lecture et de son automatisme chez des enfants intelligents, normalement scolarisés, indemnes de troubles sensoriels et de troubles psychologiques préexistants […] touche l’automatisation et l’usage aisé et fluide de l’écrit » Dumont, 2003, p.11

Un dyslexique fonctionne dans une autre logique. Il voit des images et non des mots, c’est très difficile pour lui de retenir l’orthographe d’un mot. Il écrit en phonétique.

Les difficultés de lecture et d’orthographe qu’éprouvent les personnes dyslexiques perdurent dans le temps (Kemp et al., 2008; Maugham et al., 2009) et ont un impact majeur sur leurs compétences rédactionnelles ( Boudin, Cogis et Foulin 2010).

Ces personnes montrent de moins bonnes performances en littérature que leurs pairs typiques du même âge et produisent des textes plus courts comportant un nombre important de fautes d’orthographe et de ponctuation (Berlinger et al., 2018; Garcia et Fidalgo, 2008; Tops et al.,2012).

Plusieurs chercheurs ont démontré qu’en contexte scolaire, les personnes ayant une dyslexie présentent souvent une perception négative de soi (Lackaye et Margalit, 2006; van Kraayenoord et al.,2011) qui se caractérise par le sentiment de ne pas être à la hauteur, d’être inférieur aux autres ou d’être différent (Rousseau, 2005; Hellendoorn et Ruijssenaars, 2000, cités dans Prittimaa, Takala et Ladonlahti., 2015).

Les personnes dyslexiques sont plus sujettes à l’anxiété que le reste de la population.

La dyslexie, une chance ? De nombreux  points positifs.

« Tous les dyslexiques ne sont pas des génies, mais il est bon pour le moral de savoir que leur cerveau fonctionne de la même manière que celui des génies. »   David et Braun, 1994, p. 23

Voici une étude très intéressante:

Étude de David et Braun (2012)

Qualités associées à la dyslexie :

. Une capacité à penser en image.

. Une curiosité accrue

. L’intuition 

. L’introspection 

. Une perception multidimensionnelle

. Une capacité de ressentir comme si c’était la réalité 

. Une imagination vive

Et surtout la qualité principale selon moi, est:

Les Capacités créatives accrues 

Il semblerait que les personnes dyslexiques ont un côté artistique très développé, beaucoup plus que le reste de la population. Leur imaginaire est sans limite et leur besoin de créer est vital.

Les auteurs concluent à une imagination et une créativité plus grandes chez les personnes ayant une dyslexie comparativement à ceux n’ayant pas de dyslexie, notamment en raison de leur capacité à adopter une perspective différente sur le monde qui les entoure. (Everatt, Steffert et Smythe, 1999).

Aux USA, les personnes dyslexiques sont recherchées, c’est un plus dans un CV pour rechercher du travail dans un domaine créatif. 

Les grandes universités américaines recherchent des étudiants dyslexiques et versent une bourse spéciale à certains étudiants pour leur permettre des études supérieures. (Sources: France 2- Envoyé special -la fuite des cerveaux 9/2000)

Quelques personnalités dyslexiques

Albert Einstein, Walt Disney, Spielberg, Mozart, Beethoven, Léonard de Vinci, Jules Verne, Johny Hallyday, John Lennon, Hugues Auffray, Pasteur, Agatha Christie, Rodin, Michel Ange, Gustave Flaubert, Robin Williams, Steve McQueen, Galilée ……

Mon histoire 

J’étais une petite fille plutôt joyeuse et extrêmement créative. Mon tout premier souvenir est le jour où j’ai tenu un stylo pour la première fois et gribouiller sur une feuille, c’était magique.

Puis est arrivé le CP, jusque-là j’étais plutôt en avance, je dessinais plutôt bien et j’avais beaucoup d’imagination, les maîtresses étaient fières de moi. Arrivée au CP, catastrophe, impossible pour moi d’écrire et d’apprendre à lire, je n’y comprenais rien ! (la méthode globale étant passée par là). C’était très humiliant pour moi, mes petits camarades, cousins du même âge que moi, commençaient à lire et moi non !

En fin de CP, j’apprends que je vais redoubler cette classe. Oh là là ! Le drame pour mes parents et pour moi aussi, ce fut comme si le ciel me tombait sur la tête.

Heureusement, une voisine de mes parents dont le fils Gilles était dyslexique, dit à ma mère de peut-être m’emmener faire des tests à l’hôpital pour enfants à Paris. RDV pris, le jour J arrive, moi qui suis d’habitude plutôt anxieuse, j’étais joyeuse et impatiente d’aller passer ces tests. Toute une journée entourée de personnes bienveillantes, psychologues, pédopsychiatres, je me suis sentie précieuse et importante durant toute cette journée. Un vrai bonheur et en plus les tests me semblaient très simples et amusants. En fin de journée, verdict… je suis dyslexique sévère et surtout dotée d’une intelligence supérieure. J’ai entendu tous ces mots magiques, je suis intelligente et tout à fait capable de faire des études supérieures, il faudra rééduquer mon cerveau pour corriger la dyslexie. De mon 2 ème CP à la 6 ème, je suis allée 2 fois par semaine chez une orthophoniste. J’ai passé ma scolarité à avoir zéro en orthographe, j’ai probablement perdu des points lors de mes études supérieures car mes copies devaient contenir beaucoup de fautes d’orthographe.

J’ai tenu bon, j’ai passé le concours de médecine. Heureusement pour moi, que des QCM (questions à choix multiples), des croix à mettre au bon endroit, pas de rédaction, pas d’orthographe. Ce qui était évalué ici, c’était notre capacité à apprendre et retenir des km et des km de cours interminables. J’ai passé une année à travailler comme jamais, sans jamais relever ma tête de mes cours. J’ai eu le concours de médecine, 6 années après, j’ai passé mon doctorat que j’ai validé. Quel parcours… du combattant ! Je suis fière de moi.

Ce que j’en pense

Aujourd’hui, je pense qu’être dyslexique est une chance. Mon cerveau est câblé différemment que la majorité des gens, c’est une force. J’ai toujours été très créative et pleine d’imagination.

Curieusement en fin de 3 ème au collège, mon professeur de dessin a insisté pour que j’aille passer un concours dans une école artistique à Paris, j’aurais fait une seconde technique de dessinateur maquettiste, ce qui m’aurait permis d’avoir accès aux beaux-arts après le bac pro.

J’ai passé ce concours, où je me suis amusée, cela durait toute une journée, zéro épreuve écrite, que du dessin. Pas de mots à écrire, génial. Le rêve pour moi. Les 2 dernières épreuves m’ont beaucoup marquée. Il fallait faire un trou dans une feuille blanche, déchirer l’intérieur, écarter les morceaux de papier et dessiner avec un crayon HB ce que l’on voyait… hum hum … je n’avais absolument jamais dessiné des zones d’ombres et de lumière. J’ai fait le travail demandé, j’étais assez fière du résultat. Dernière épreuve, imaginer ce que l’on veut dans le trou de la feuille et peindre avec de la gouache et là, j’ai dessiné un paysage, un arbre, une balançoire, une barrière, un portillon, la mer au loin… et bien figurez-vous que j’ai eu le concours, je faisais partie des 30 reçus sur 300.

Incroyable, mais voilà à l’époque faire un bac technique n’était pas très bien vu, j’ai renoncé à cette belle place pour faire une seconde classique et plus tard passer un bac scientifique.

J’ai beaucoup galéré au lycée, je travaillais énormément et j’avais des résultats très moyens, je faisais toujours beaucoup de fautes d’orthographe et les profs n’aimaient pas cela. Tant bien que mal j’ai eu mon bac.

Je me suis toujours demandée, quelle vie j’aurais eu si j’étais allée dans cette seconde technique, j’aurais certainement eu un autre niveau artistique, je me serais probablement beaucoup beaucoup plus amusée pendant mes études. Et qui sait, peut être qu’aujourd’hui, je serais une artiste connue et reconnue qui vivrait très bien de son art et de sa passion.

Et vous ? Quelle est votre histoire ? Êtes vous dyslexique ? Racontez moi.

 

 

 

 

Virginie Vezie
 

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